DECOUVERTE EN FRANCE D'UN TAXON NOUVEAU POUR L'EUROPE :

NEOLENTINUS ADHAERENS var. INADHAERENS (Mal. & Bert.) comb. nov.

(Contribution au programme national d'inventaire et de cartographie des Mycota français n° 25)

         Claude Bouvet* & Daniel Sugny**

* 34, rue de la Croix du Tilleul. F-90000 BELFORT

** 14, rue Jacques Prévert. F-70400 HERICOURT

Bouvet C. & Sugny D. -1998- Discovery in France of a taxon new to Europe. Doc. Mycol. 112 :39-42

KEY-WORDS : Basidiomycotina, Agaricomycetideae, Neolentinus, France.

RESUME : Les auteurs décrivent les trois premières récoltes européennes de Neolentinus adhaerens var. inadhaerens (comb. nov.), variété découverte au Maroc en 1959, par Malençon et Bertault ; son écologie et sa distribution sont discutées.

ABSTRACT : Thé authors describe the three first european records of Neolentinus adhaerens var. inadhaerens (comb. nov.), a variety discovered in Morocco in 1959, by Malençon and Bertault ; its ecology and distribution are discussed.

INTRODUCTION :

Dans le cadre des recherches en cours pour compléter l'inventaire mycologique français (Courtecuisse, 1992 ; Courtecuisse et de Munnik, 1997), nous présentons un taxon récolté par trois fois dans le Nord - Est de la France et qui semble nouveau pour l'Europe :

NEOLENTINUS ADHAERENS var. INADHAERENS (Mal. & Bert.) Bouvet & Sugny comb. nov. Fig.2-3

Basionyme : Lentinus adhaerens var. inadhaerens Malençon & Bertault, Flore des Champignons Supérieurs du Maroc, 2 : 447, 1975.

Caractères macroscopiques (Fig.2) : Chapeau 2-4 cm, convexe ou légèrement mamelonné, à marge enroulée puis étalée et plus ou moins flexueuse ou ridulée. Revêtement glabre, séparable, sec à plus ou moins feutré ou pruineux, un peu visqueux par l'humidité mais ni poisseux ni collant. Couleur blanc crème à ochracé pâle puis gris brunâtre à plus ou moins fuligineux au disque, avec l'extérieur longtemps ocre pâle. Lames arquées à décurrentes, peu serrées à plus ou moins épaisses, blanc crème à ochracé avec l'arête pâle et denticulée. Stipe (3)-4-6-(8) x 0,6-1-(1,2) cm, subégal ou légèrement clavé à fusiforme, glabre ou un peu sillonné, ni visqueux ni poisseux (sans trace de résine), parfois avec un semblant de cortine vers le tiers supérieur et le sommet, plus ou moins pruineux ou fimbrié sous la loupe ; subconcolore au chapeau ou plus blanchâtre, à reflets fauvâtres par places, parfois brun fuligineux à la fin. Chair pâle à subconcolore en surface, à odeur nulle. Saveur douce à plus ou moins amarescente à mastication.

Caractères microscopiques (Fig.3) : Spores (6,5)-7,5-8,5-(9,5) x (3)-3,5-4-(4,5) µm, subcylin-dracées, obtuses, hyalines, inertes à l'iode. Basides 30-35-(40) x 6-8 µm, tétraspores, bouclées. Trame parallèle, à hyphes grêles x 2-4-(5) µm, à paroi peu épaissie. Pleurocystides cylindracées ou lagéniformes, (40)-50-85-(130) x 5-8 µm, à col souvent obtus, parfois étiré ou plus ou moins étranglé.

HABITAT ET RECOLTES :

• Isolé sur souche d'épicéa (Picea abies) fortement dégradée, dans une pessière. Ribauvillé (Haut-Rhin, MEN 3718 A), Rocher de la Paix d'Udine, alt. 925 m, le 04.04.1995. D. Sugny. Herb. D.S n° 1210/95 (idem in Herb. M. Bon) ; Dét. : M. Bon. • Subcespiteux sur bois d'oeuvre de conifère. Belfort (Territoire de Belfort, MEN 3621 A), usine GEC Alsthom, alt. 400 m. Février 1996. C. Bouvet. Herb. C.B n° 960201 (idem in Herb. M. Bon).

Ces exemplaires poussaient en compagnie d'une multitude de Gloeophyllum abietinum.

Subcespiteux sur troncs d'épicéa (Picea abies) en bord de route. Charmauvillers (Doubs, MEN 3623 C), dans le village, alt. 830 m, le 15.03.1998. D. Sugny. Herb. D.S n° 1210/98.

Voir planche 1 (illustration des exemplaires récoltés)

Voir planche 2 (microscopie)

DISCUSSION :

Rappelons tout d'abord que cette variété a été créée en 1975 par Malençon & Bertault, suite à l'enregistrement de sept récoltes marocaines effectuées de 1959 à 1961, sur souches et troncs gisants d'Abies pinsapo, dans un Rif calcaire au-dessus de Bab-Taza, entre 1550 et 1700 m d'altitude. Les auteurs de cette variété pensent qu'elle ne diffère du type que par l'absence de sécrétion résineuse. Pour notre part, nous avons pu observer des cystides plus irrégulières et parfois même à col étranglé ou subcapité, non décrites par les auteurs. De plus, des récoltes typiques ont souvent une odeur rappelant celles de certaines lépistes (Lepista panaeolus) ou un peu de violette, ce qui n'a pu être observé sur les récoltes de la variété.

La quarantaine de sporophores récoltés dans nos trois stations, assez éloignées les unes des autres, montre de grandes similitudes avec ceux décrits par Malençon & Bertault (1975 ; 445). Cependant la taille des exemplaires de nos récoltes est nettement inférieure à celle des récoltes marocaines (chapeau 2-4 cm pour nos récoltes, 4-8 cm pour les récoltes nord-africaines ; stipe 3-8 x 0,6-1,2 cm pour nos récoltes, 5-8 x 1-1,7 cm pour celles de Malençon & Bertault), sans doute en raison de l'influence des facteurs climatiques différents.

Si l'on considère cette variété comme originaire des régions montagneuses du Maroc, il est plausible d'envisager un transport des spores par les vents, car notre région est assez fréquemment saupoudrée de fins dépôts sableux d'origine éolienne provenant d'Afrique du Nord. Dans cette hypothèse, le climat semi-montagnard à montagnard de nos contrées a pu réunir des facteurs écologiques favorables à la germination des spores puis au développement des mycéliums.

Néanmoins, il est surprenant que la première station européenne de cette variété ait été découverte seulement vingt ans après sa création, et presque quarante ans après la première récolte citée par Malençon & Bertault. En effet, les nombreux auteurs qui ont décrit des récoltes de Neolentinus adhaerens (Alb. et Schw. : Fr.) Redhead & Ginns, effectuées par exemple en Espagne, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou en Suisse (etc.), ne parlent jamais d'exemplaires non poisseux ; la bibliographie de ces publications omet d'ailleurs systématiquement la variété ici étudiée. Citons par exemple le travail de Kùhner et al. (1962), qui donne une excellente description de l'espèce type, avec d'abondantes notes sur l'évolution nucléaire dans la baside et la spore, sur la germination et la polarité de l'espèce, sans citer l'éventualité d'une forme non résineuse (d'ailleurs inconnue à cette époque). A partir de 1975, année de création de la variété, la bibliographie reste également muette à son sujet. Il semble donc que nos récoltes françaises permettent de redonner une nouvelle existence à ce taxon. Nous suivons Redhead et Ginns (1985) quant à son attribution générique, au sein des Neolentinus, caractérisés par la présence d'une pourriture brune associée (les Lentinus provoquent une pourriture blanche) ; la nouvelle combinaison, introduite ci-dessus, devenait dès lors indispensable.

BIBLIOGRAPHIE :

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M. Bon, 1997 - Lentinus adhaerens (Alb. & Schw.:Fr.)Fr. var. inadhaerens Malençon & Bertault. Découverte dans l’est de la France d’une " variété " nouvelle pour l’Europe, Bull. Soc. Mycol. Territoire de Belfort 8 : 71-73

R. Kühner, D. Lamoure & M. L. Fichet, 1962 - Lentinus adhaerens (A.& S. ex Fr.) Morphologie, caryologie et sexualité. Bull. Soc. Mycol. Fr. 78 (3) : 254 - 277.

G. Malençon, R. Bertault, 1975 - Flore des champignons supérieurs du Maroc, tome II, 539 p. (Rabat).

D. N. Pegler, 1983 - The genus Lentinus. A world monograph, Kew bull. add. ser. 10 : 281 p.

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