Société Mycologique du Pays de Montbéliard -

Lyophyllum rhopalopodium Clémençon

par Denis LABARRE

Classification des Lyophyllum :

Marcel BON classe les Lyophyllum dans le sous-ordre Collybiineae (DM XXVI (102) page 19 et DM mémoire hors série n° 4 page 1). En fait, la famille Lyophyllaceae Jülich 1981 complète est placée dans le sous-ordre Collybiineae par M. BON. Nous attendrons la publication du mémoire sur les Lyophyllum afin de modifier notre vision de la classification.

La classification et la nomenclature de cet article sont celles adoptées par Régis COURTECUISSE dans son livre : Guide des champignons de France et d'Europe, R. COURTECUISSE, B. DUHEIM, éditions Delachaux & Niestlé, 1994.

Les Lyophyllum font partie de l’ordre des tricholomatales, famille Tricholomataceae, Sous-Famille Lyophylloideae, tribu Lyophylleae.

Famille Tricholomataceae : Espèces à revêtement piléique très différencié. Lames d'épaisseur normale, décurrentes, adnées ou échancrées. Revêtement non hyménodermique. Silhouette omphaloïde, clitocyboïde à tricholomoïde, parfois collybioïde (alors classées ici pour des particularités microscopiques originales : spores amyloïdes, basides sidérophiles /=carminophiles/, etc.)

Sous-Famille Lyophylloideae : Espèces généralement collybioïdes ou tricholomoïdes à basides sidérophiles (=carminophiles)

Tribu Lyophylleae : Saprophytes ou mycorhiziques, terricoles ou lignicoles.

         Genre Lyophyllum : Silhouette tricholomoïde.

Macroscopie:    Voir planches macro

Chapeau. Jusqu'à 90 mm pour mes exemplaires (Ú 150 mm pour H. Clémençon), convexe, moyennement charnu, blanc sale à grisâtre, vergeté, avec de fines squamules visibles uniquement à la loupe, même sur exsiccatum.

Chair du chapeau 3-10 mm, blanchâtre grisonnant très lentement puis noircissant à la fin, odeur agréable à l'état frais, mais ne me rappelant pas une odeur connue.

Lames, lamelles et lamellules serrées, échancrées parfois décurrentes par une dent, blanc sale à grisâtre, arête grossièrement dentelée.

Stipe 10 - 15 x 75 - 80 mm, jusqu'à 35 mm de large pour la base élargie de l'exemplaire le plus gros, plein (à caverneux pour H. Clémençon), cylindrique sur l'exemplaire le plus jeune, clavé à ventru à la base mais sans être fusiforme, blanchâtre grisonnant très lentement puis noircissant à la fin.

Microscopie: (Observations sur exsiccata au : Rouge Congo ammoniacal, potasse 4%, carmin acétique)

Basides banales, tétrasporiques, 32 - 38,5 x 8 - 10 µm, carminophiles (Fig. A).

Pleurocystides cylindriques, parfois étranglées et dans ce cas flexueuses, 20 - 25,5 x 2,8 - 5,5 µm (Fig. B).

Cheilocystides cylindriques, parfois étranglées et dans ce cas flexueuses, 17,2 - 25,8 x 2,8 - 5,5 µm (Fig. C).

Poils du stipe nombreux, 40 - 80 x 4 - 10 µm, cylindriques, parfois pluri-étranglés, parfois flexueux (Fig. F).

Sporée blanche.

Spores 7,1 - 10 x 5 - 7,2 µm, losangiques de face, triangulaires de profil, bosselées (Fig. D-E).

Trame des lames non observée.

Cuticule constituée d'hyphes couchées à dressées, irrégulièrement enchevêtrées, avec des touffes d'hyphes dressées qui sont les zones squameuses visibles à la loupe.

A la potasse 4%, j'ai observé un pigment brun essentiellement au niveau des touffes d'hyphes que constituent les squamules. Ce pigment se retrouve aussi entre les hyphes enchevêtrées de la cuticule (voir les remarques de H. Clémençon).

Boucles présentes.        Voir planches micro

        (Exsiccata personnels N° DL 9763).

Ecologie:

J'ai effectué cette récolte de 4 exemplaires le 04 octobre 1997 dans le Haut-Doubs, dans un sous bois en bordure de pré, le long d'un chemin terreux fréquenté par les vaches, sous sapins et feuillus peu denses. 3 exemplaires croissaient connés, dont un exemplaire manquait, prélevé par un mycophage local, car il y avait un reste de pied coupé net, attaché au 2 autres exemplaires.

Remarques:

H. Clémençon a décrit une espèce japonaise de Lyophyllum à spores triangulaires : Lyophyllum sykosporum Clç & Hongo.

Voir aussi la remarque n° 7 de Kühner et Romagnesi dans leur flore analytique, page 168 (à propos de L. trigonosporum). Page 510, toujours pour L. trigonosporum, ils indiquent qu'ils ont observés tantôt un stipe renflé, tantôt égal et ceci parfois dans un même lot.

Traduction partielle de l'article de Heinz Clémençon :

1986 – Schwärzende Lyophyllum – Arten Europas - Zeitschrift für Mykologie Band 52 (1) : 61 - 84

(Je remerçie Jean-Luc Muller, président de SMHR, ainsi que 2 membres qui m'ont aidé à traduire une expression récalcitrante).

Stirpe Transforme : Grosses Espèces à silhouette tricholomoïde, chapeau peu charnu ; spores à faces adaxiales losangiques (de face) avec une bosse abaxiale particulièrement grande, apparaissant triangulaires de profil. Cheilocystides peu nombreuses, petites, cylindriques; cuticule non gélatineuse constituée d’hyphes emmêlées ou tomento-epidermoïdes.

L. rhopalopodium Clç.

Plus grosse que l’espèce précédente [L. transforme (Britz.) Sing.], avec encore un chapeau peu charnu, stipe en massue très épais, lames larges avec l’arête grossièrement dentelée. Cuticule très différente, spores encore bosselées et basides nettement plus grosses. Les lames deviennent directement grises aux blessures sans passer par le bleu ardoise. Chapeau jusqu’à 15 cm de large, brun-gris, mat, glabre, parfois recouvert de manière clairsemée de très petites squamules (petites écailles) dressées, pointues, visibles uniquement à la loupe. Lames serrées, 10-12 mm de large, gris-brun pâles, devenant d’abord gris, puis noir. Arête irrégulièrement dentelée ;

lames échancrées ou directement adhérentes. Stipe plein à caverneux (creux), fortement en massue, base parfois fusoïde-radicante, poudreux sous les lames et lisse ailleurs.

Chair blanche, devenant grise puis noire, (presque) inodore où a odeur fongique banale, saveur douce ou un peu désagréable. Spores 5,6 - 7,7 x 7,3 - 8,8 µm, à un seul noyau, avec une très grosse bosse ; Sporé blanche. Basides 29 - 39 x 9 - 11 µm. Cheilocystides cachées entre les basides, irrégulièrement cylindriques 27 - 46 x 3 - 6 µm. Cuticule composée de cellules dressées à allongées, cylindriques à polymorphes, irrégulièrement ramifiées et enchevêtrées. Plus tard, lorsque le chapeau sera devenu noir, la cuticule formera une structure épidermoide serrée, dont les cellules seront reliées ensemble en plusieurs points grâce à un pigment brun.

Mais il y a aussi des zones lisses et glabres sur le chapeau formées uniquement d’hyphes couchées et droites. Les zones squameuses sont composées d’hyphes se dressant en touffes.

Apparition : Isolé à peu fasciculé sur la terre.

Illustration : Ricken Tf. 97, fig. 4 (sous le nom de Tricholoma molybdinum)

Au japon vient L. sykosporum Hongo & Clç, qui s’en différencie par des formes de spores différentes. Voir Hongo & C1émençon (1983).

Traduction de l'article de Heinz Clémençon and T. Hongo :

H. CLÉMENÇON and T. HONGO, 1983 – A new species of Lyophyllum from japan : Lyophyllum sykosporum nov. Spec. . Mycologia Helvetica 1 (1) : 43 - 46

r Lyophyllum sykosporum H. CLÉMENÇON

Pileus e convexe repandus, carnosus, siccus, brunneo-fuligineus vel fusco-brunneus, subsericeus, tactu nigrescens, 4-9 cm latus. Lamellae subconfertae, postice adnato-rotundatae vel subdecurrentes, pallide griseae, tactu nigro-maculatae. Stipes fibrilloso-striatus, pallide griseus, fuscescens, apice pruinoso-tomentoso, basi clavatus vel bulbosus, 7-10 cm longus, 10-18 mm crassus, deorsum 20-30 mm crassus, solidus vel farctus. Caro alba, subinodora, mitis, tactu nigro-maculata. Sporae 5,5-8,5 x 4,5-6,5 µm, ficiformes, laeves, inamyloideae, cyanophilae, uninucleatae. Basidia 28-35 x 8-9 µm, clavata, fibulata, tetrasporigera, cum granulis siderophilis. Cystidia et cheilocystidia nullae. Pileipellis subgelatinosa, 30-40 µm crassa, hyphis intertextis vel subregularis, 2-5 µm crassis, fibulatis. Trama lamellarum regularis.

Hab.: Caespitusus, ad terram silvis abietis.

Holotypus: Hongo 2752 (LAU).

Lors d’un examen rigoureux du champignon japonais décrit sous le nom de Lyophyllum transforme (Britz.) Sing. par Imazeki & Hongo, celui-ci a prouvé qu’il était différent du L. transforme européen. Les deux ont été décrits avec des spores triangulaires. Cependant, "triangulaire" est une approximation grossière de la représentation d’une image d’un corps tridimensionnel dans un système à deux dimensions. Pour les deux espèces, la forme des spores peut être décrite en utilisant l’image d’une banane courte portant un épaississement dorsal énorme. Les spores de l’espèce européenne porte un grand cône dorsal aplati centré autour du milieu du coté adaxial, alors que l’espèce japonaise porte un anneau apical plus épais et incomplet sur le côté abaxial et pointant du côté adaxial où il demeure ouvert. Il ressemble à une figue, et donc l’espèce japonaise est appelée sykosporum, signifiant "spore en forme de figue".

Chapeau 4 – 9 cm de large, convexe à étalé, charnu ; surface sèche, légèrement inno-fibrillée, gris brune à umbrinée ; marge incurvée dans la jeunesse ; chair épaisse, douce, blanche à blanc grise, progressivement noircissante aux blessures ; saveur douce, odeur faible. Lames sinuées à adnées-sinuées ou adnées-subdécurrentes, finalement se séparant ; modérément serrées ; environ 5 mm de largeur ; gris pâle, devenant noir au touché. Stipe 7 - 10 cm long, 1 – 1.8 cm de large au sommet, 2 – 3 cm à la base clavé à bulbeuse ; fibrillo-strié, pruineux au sommet ; gris pale, devenant plus sombre avec l’âge; massif ou plein.

Spores en forme de figue de manière asymétrique du à un énorme épaississement effilé vers le côté abaxial, c'est pourquoi la coupe près du sommet ressemble à un segment grossier de quart de cercle, donc irrégulièrement triangulaire à quadrangulaire en projection, 5.5-8.5 x 4.5 -6.5 µm, à 1 noyau, lisses, cyanophiles et sidérophiles, inamyloïdes. Basides 28-35 x 8-9 / 3-4 µm, tétrasporiques, bouclées à granulations sidérophiles. Cystides et cellules marginales absentes. Pileipellis subgélatineux, hyphes séparés au départ par un espace d'environ 12 fois leurs diamètres, cylindriques, 2-5 µm de largeur, entremêlées au disque, arrangées plus radialement près de la marge du chapeau, bouclées, pigment incrustant entre les hyphes. Trame des lames régulière, hyphes bouclées, 8-16 µm de large au médiostrate. Pas d'hyphe gléoplère observée.

Cespiteux, grégaire ou en petites troupes, sur le sol en forêts, spécialement sous conifères. Eté et automne.
Japon.

Matériel étudié : Hongo 3164 et 2752 (type, LAU).

Vocabulaire utilisé dans l'article :

Abaxial : Qualifie ce qui se rapporte à la partie éloignée de l’axe qui supporte l’organe, à ce qui est situé ou tourné en direction opposée à l’axe.

- Soustrait à l’axe ou axialement. Notion " sous-axe ".

- Qui se rapporte à la partie inférieure ou dorsale d’une feuille.

Adaxial : Qualifie ce qui sert à désigner la face supérieure, ou ventrale, d’une feuille. De ce fait, sur une section transversale au niveau de la nervure médiane de cette feuille, la plage ligneuse est en position adaxiale, cependant que le liber occupe, lui, une position abaxiale.

D’une manière plus générale, on qualifie d’adaxiale la partie d’un tout qui est située, tournée, en direction de l’axe qui le supporte.

- additionné à l’axe. Notion " sur-axe "

- Qualifie la partie supérieure ou ventrale d’une feuille.

Carminophiles : renfermant des granulations colorées après un traitement au carmin acéto-ferrique bouillant.

Hyphe gléoplère : Hyphe renfermant des gouttelettes huileuses.

Bibliographie :

H. CLÉMENÇON, 1986 – Schwärzende Lyophyllum – Arten Europas - Zeitschrift für Mykologie Band 52 (1) : 61 - 84

H. CLÉMENÇON and T. HONGO, 1983 – A new species of Lyophyllum from japan : Lyophyllum sykosporum nov. Spec. . Mycologia Helvetica 1 (1) : 43 - 46

R. Kühner & H. Romagnesi, 1984 - Lyophyllum trigonosporum (Bres.) Kühn. – Flore analytique des champignons supérieurs (réédition). Page 164 et remarque page 510.

J. Breitenbach & F. Kränzlin, 1991 - Lyophyllum transforme (Britz.) Sing. – Champignons de Suisse tome 3, pages 228 - 229.

J. MELOT, 1997 – " Carminophile " ou " sidérophile " - Bulletin trimestriel de Fédération Mycologique Dauphiné - Savoie 144 : 25-28.

B. BOULLARD, 1997 – Dictionnaire des plantes et champignons - Editions ESTEM : 875 pages.

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