Société Mycologique du Pays de Montbéliard

II y a 50 ans disparaissait un poète, un éducateur, un fabuliste et mycologue nommé :

Frédéric Bataille

    Par Christian DUBOURGEOIS

Frédéric BATAILLE est né à Mandeure (Pays de Montbéliard) le 17 juillet 1850. - Elève de l'école modèle de Montbéliard, qui forme les instituteurs protestants de la région, il est nommé dans plusieurs villages entre 1870 et 1884. En 1871, il se retrouve maître d'école à Valentigney (Pays de Montbéliard). Pendant ces six années, dévoué pour ces élèves, leur inculquant son amour de la nature, son sens de l'observation des êtres et des choses, il se fit de nombreux amis. C 'est à cette époque que ses talents de poète vont voir le jour. En 1873, il publie : Délassements chez Victor Barbier1 à Montbéliard ; le carquois (sonnets) en 1880. à Besançon ; le clavier d'or (sonnets également) en 1884. Mais très vite des difficultés vont surgir de la part de l'administration académique. Des parents, malgré ses qualités pédagogiques reconnues, lui reprochent d'être devenu libre penseur. Ses idées républicaines ne sont pas reconnues de tous, cela dérange...L'académie le fait savoir clairement en lui refusant un poste de classe supérieure. A cette époque, Armand Peugeot, jeune industriel qui subventionne l'école, prend vigoureusement sa défense et obtint avec l'aide du conseil municipal démissionnaire, son maintien dans ses fonctions.

Ceci se passe en 1877; quelle amertume pour Frédéric BATAILLE d'avoir recours à des interventions politiques. Moins d'un mois plus tard, il est déplacé d'office à Nommay (Pays de Montbéliard), victime de ses opinions républicaines. Lassé, alors qu 'il a été admis à la Société des Gens et des Lettres, il obtint en 1884 un poste au lycée de Vannes (Haut de Seine). Un écrivain célèbre lui écrit :

" Je vous envoie, cher poète, le sourire que vous désirez, vos charmants et beaux vers m'ont ému profondément, je vais finir, vous commencez, espoir et courage, je vous serre la main " Victor Hugo. Il composera toute une série d'ouvrages scolaires, le plus remarqué : La grammaire pratique en trois cours couronné par la société, pour l'instruction élémentaire, et inscrite sur la liste des livres de classe. Il publie des recueils de poésie qui lui valent de nombreux prix, dont celui de l'Académie Française. La nature, sa bien aimée est là aux portes de la grande ville, dans les bois de Meudon et Clamart, dans le calme et la solitude qu 'il affectionne, il peut herboriser à loisir. Il a la chance de faire la connaissance du Docteur Lucien QUELET qui sera son maître en mycologie. C'est en collaboration avec lui qu 'il écrit son premier ouvrage sur les Champignons : Flore monographique des Amanites et des Lépiotes.

En 1899, il entre à la société Mycologique de France dont il sera plus tard élu vice-président. Il y écrira de nombreux textes, entre autre : Flore analytique et descriptive des hydnes terrestres d'Europe, Les réactions macro-chimiques chez les champignons, suivies d'indications sur la morphologie des spores, Champignons rares ou nouveaux de Franche-Comté, etc. En 1905, il prend sa retraite et se retire à Besançon dans un quartier tranquille, au 14 rue de Vesoul. " Je me retire dans cette ville pour me reposer ", disait-il. Ce fut tout le contraire, le monde fascinant des champignons va l'accaparer pleinement, il va se jeter à fond dans la science qui nous unit, nous, sociétaires. Président de la Société d'Histoire Naturelle du Doubs dès 1908, membre de l'académie des sciences de Besançon, président de la société d'émulation, il publie les résultats de ses travaux. Sa réputation s'étend bientôt à l'étranger, à l'Europe centrale et plus particulièrement en Suisse. Il est le premier à utiliser en France, les réactifs chimiques comme moyen de détermination, la voix a été ouverte par le mycologue tchèque : MELZER. Frédéric Bataille poussera ses recherches beaucoup plus loin. Sa méthode, perfectionnée sera reprise partout. Elle est devenue maintenant une nécessité pour les Cortinaires et les Russules.

L'année 1940 est néfaste pour lui. Non seulement, le poète âgé de 90 ans voit défiler sous ses fenêtres les chars de l'invasion, mais il perd son épouse, la compagne de 60 années de sa vie. Le choc est pour lui très dur, sa santé en souffre, ses facultés, intelligence et mémoire restent intactes jusqu 'au bout, mais peu à peu, d'abord imperceptiblement, mais inexorablement, il va au cours des six années qui lui restent à vivre, perdre la vue et par la suite le plaisir de lire, d'écrire et surtout d'examiner ses chers champignons. Alors qu 'il avait 92 ans, il disait à Mr Georges Becker : " L'histoire naturelle conserve, non seulement à cause des heures innombrables passées dans les bois qui fortifient le corps contre toutes les maladies, mais surtout parce qu 'elle donne à l'esprit une raison de vivre quand il n 'y en a plus beaucoup d'autres. Ce n 'est jamais le corps qui meurt, c 'est l'esprit quand il ne veut plus et qu 'il s'abandonne ".

Le 29 avril 1946, Frédéric BATAILLE s'éteint, ce coeur si généreux, si grand, capable de tant de bonté, d'amour et d'amitié cesse de battre. Il repose à Mandeure dans le petit cimetière qui domine son village natal, sous l'épitaphe qu 'il a lui-même choisie : Elargissez vos coeurs.

Nous citerons bien sûr la clavaire qui porte son nom : RAMARIA BATAILLEI qui vient dans les forêts de conifères et également dans les forêts mixtes. Il n 'est pas toujours aisé de démêler cette famille de champignons très proches de par leur formes et couleurs. Cependant Ramaria Bataillei est caractérisée par des tons rosés ou lie de vin, coloration que l'on retrouve dans la chair. A maturité la sporée colore le tronc d'un jaune miel. L'odeur est faible, saveur amarescente, d'abord blanche à la coupe, la chair devient Lie de vin en quelques minutes. Peu répandu. Eté - automne. Plusieurs rues portent son nom, à Grand-Charmont, Montbéliard, Nommay, Valentigney et Besançon. A Mandeure, la maison de ses parents existe encore sur la place du temps actuel, aujourd'hui place Frédéric BATAILLE.

Il fut le premier à observer la ligne rouge qui se forme entre la chair et les tubes quand on coupe Boletus luridus, signe qui permet une détermination plus facile aujourd'hui et qui peut éviter les confusions entre Boletus Queletii et B. Erythropus. Cette ligne rouge porte son nom : Ligne de Bataille.

Artisans méconnus de nos grandeurs futures, Plein de foi courageuse et de virile ardeur, Vous faites une aurore en nos routes obscures Et préparez nos fils au combat de l'honneur. Vous ranimez le coeur de la pauvre patrie, Et vous vivifiez son âme endolorie Par le pain de justice et l'air de liberté. Et puis, quand vous aurez tué votre constance A cet œuvre géant, ressusciter la France, Vous mourrez sans savoir qui vous avez été.

Aux instituteurs, 1884 Poète, éducateur et mycologue résument la vie de Frédéric BATAILLE.

1 - Victor Barbier était le seul imprimeur de Montbéliard à l'époque

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