Festival mycologique 2006

Par Daniel Sugny, 14 rue Jacques Prévert – 70400 - HERICOURT

                 De l’avis de tous les mycophages, mycophiles et mycologues, l’année 2006 a été magique sur le plan des champignons. En effet, la période de fructification a été très longue et nous avons été témoins de poussées parfois extraordinaires d’espèces habituellement rares. De plus, de nouveaux taxons ont enrichi le patrimoine fongique régional. Enfin, l’un de nos membres a même découvert un champignon nouveau pour la France. Jugez plutôt :

Le 25 mars, avec mon épouse, nous avons la chance d’observer une station typique de Sarcoscypha jurana (Boud.) Baral près de la Baume de Gonvillars (70) qui est une grotte située au pied d’une falaise calcaire. Dans la combe caillouteuse qui jouxte la grotte, alors que nous passons sous un tilleul de belle taille, nous découvrons des dizaines de spécimens de pezize écarlate, fixés sur des petites branches ou des rameaux tombés au sol. Certains exemplaires semblent croître à même le sol, mais sont en fait greffés sur du bois enterré. Dans cette combe, nous avons droit au même spectacle sous chaque tilleul. Ce discomycète semble spécifique de l’essence. La détermination est confirmée suite à étude microscopique montrant des spores de 24-30,4 x (10,4) 12-13µm, tronquées aux extrémités et présentant à maturité 2 gouttelettes oléagineuses. Ce taxon n’était pas encore répertorié dans le département de Haute-Saône, c’est maintenant chose faite. La découverte d’une deuxième station haute-saônoise le 7 avril à Byans près d’Héricourt nous permet de préciser l’écologie de cette rutilante espèce : les deux stations sont situées sur des sols calciques et caillouteux et les ascomes croissent toujours sur de petites branches tombées au sol ou enterrées de tilleul. Quelques photos permettent d’immortaliser le spectacle de cette espèce si belle et annonciatrice du printemps.

            Le 2 avril, l’envie nous prend de prospecter vers Chenebier (70) tout au long des étangs, en empruntant un petit chemin qui conduit au lieu-dit « les Vieilles loges ». Après avoir vu plusieurs envols de canards sauvages et observé quelques polypores sur des supports inhabituels (Fomitopsis pinicola sur saule blanc, Polyporus brumalis sur aulne glutineux), nous décidons de revenir à Héricourt en passant par Etobon (70), un village perché que nous trouvons très pittoresque. La vue est magnifique car la zone est très valonnée et déjà très verte. En bordure de route, un gros pommier a une branche cassée – le poids de la neige qui est tombée en mars, sans aucun doute ! et toutes ces boules de gui, quel spectacle ! Elles sont encore garnies d’une multitudes de fruits blancs dont les oiseaux sont friands...Comme je suis toujours à l’affût de quelque chamignon parasite, j’inspecte les feuilles du gui qui semblent se porter à merveille. Quel dommage! (cette remarque n’engage que moi). Quelques unes cependant sont tachées de noir vers les extrémités, prenons-les quand même ! A la maison, la loupe binoculaire m’annonce une bonne nouvelle : il y a de minuscules fructifications. Le microscope quant à lui me permet d’observer de petites bouteilles (des pycnides) contenant des centaines de conidies hyalines possédant une ou deux cloisons et mesurant 12-18(21) x 1,5-2µm. L’espèce est spécifique du gui (Viscium album) et se nomme Rhabdospora visci (Bres.) Died. Elle n’était pas encore répertoriée en Franche-Comté. Merci gui !

            Le 30 avril, nous découvrons le grand Ried alsacien en compagnie de Patrick et Catherine Laurent de la SMHV. Non loin du château du Haut-Koenigsbourg, cette zone hygrophile très particulière héberge bien des raretés sur le plan mycologique dont  Gerhardtia piperata dont la présence se manifeste à l’automne  dans les taillis, sous feuillus tels que aulnes, frênes, ormes, peupliers, dans des zones souvent innondées.  Patrick nous montre la station où la première récolte

française de ce très rare champignon fût réalisée, le 24 septembre 1998. Mais pour y voir des basidiomes, il faudrait attendre quelques mois... Pour l’instant,  contentons nous d’observer les magnifiques spécimens de Polyporus squamosus qui ornent la base des troncs de frênes vivants où ont choisi comme support des souches de feuillus. Quelques morilles blondes (Morchella rotunda) jouent à cache-cache parmi la végétation herbacée, en lisière d’un bois de feuillus dominé par les frênes et les aulnes.  

Le 14 mai, au cours d’une randonnée évolutive avec mon épouse (nouvelle discipline mise au point par nos soins qui consiste à modifier le parcours prévu suite à quelques égarements...), nous

découvrons deux belles stations d’Entoloma sepium aux Aynans (70) près de Lure, dans la vallée de l’Ognon. Des dizaines d’exemplaires nous attendent pour la photo de groupe, tranquillement installés dans l’herbe d’un verger, sous des pruniers (Prunus domestica). Leur habitat sous Prunus, la couleur blanche des basidiomes et le roussissement de la chair dans les piqûres d’insectes caractérisent bien cette espèce printanière.

                 Le 28 mai, Christian Dubourgeois me téléphone pour me parler d’une récolte extraordinaire réalisée par Jean Edelmayer. Dans une ancienne parcelle de sapins de Douglas coupée à blanc, les restes ayant été broyés et laissés sur place, Jean a observé des centaines de champignons blancs. Jean et Christian pensent qu’il s’agit de Melanoleuca verrucipes mais trouvent que les stipes sont très courts. Pourrait-il s’agir d’une forme ou variété ? Dès le lendemain, une cagette entière de basidiomes est déposée devant ma porte, ce qui me permet de les étudier le soir même et d’en faire quelques clichés. Tous les caractères correspondent aux descriptions trouvées dans la littérature, mais les stipes sont vraiment très courts et trapus : 3-5 x 0,6-2 cm, même chez les spécimens ayant un chapeau de 13 cm de diamètre. La microscopie montre des caractères conformes à ceux du type.

Nota : ne trouvant pas de description de forme ou variété de Melanoleuca verrucipes à stipe court, j’ai posé la question à notre grand mycologue Régis Courtecuisse par e-mail puis par courrier, mais n’ai pas encore reçu de réponse au moment où j’écris ces lignes. Il me disait récemment qu’il avait bien reçu mon courrier et qu’il figurait en bonne place sur son burreau. Patience...Mais pour en savoir plus sur cette récolte fabuleuse, lisez vite l’article de Jean Edelmayer intitulé « DES CHAMPIGNONS ! IL Y EN AVAIT PARTOUT ! dans ce même bulletin...

                 Le 11 juin, après avoir descendu une piste de ski en voiture (mais ça c’est une autre histoire) près de Métabief (25), nos pas de randonneurs nous conduisent en haut du Mont d’Or, au bord d’une falaise, à 1400 mètres d’altitude. Dans une pelouse sèche calcaire, à proximité d’un jeune épicéa, un magnifique agaric me fait signe (discrètement car personne d’autre ne l’a remarqué..). C’est un très bel exemplaire d’Agaricus heimii, fidèle à son habitat en zone héliophile et près des épicéas, au printemps. Cet agaric, décrit par Georges Becker et Roger Heim, est surtout connu des étages collinéen et submontagnard. Le voici en tous cas ici à l’étage montagnard. Mais il s’agit peut-être d’une station de spores d’hiver...

                 Le 17 juin, au cours d’une sortie dans les marais de Saulnot avec la SHNPM, nous retrouvons une petite espèce bien sympatique dont l’habitat semble très spécifique : Mycena rhenana Maas Geesteranus & Winterhoff, que nous avions observé à l’automne 2005 sur strobiles d’aulne glutineux et qui croît aujourd’hui sur de petites ramilles de cette même essence, dans des zones très humides. Cette station semble la première à avoir été répertoriée en Franche-Comté, préservons-là précielusement.

                 Le 9 juillet, la SMPM est de sortie à Tavey (70), dans une chênaie-charmaie et une plantation d’épicéas, implantées sur sol acide car composé de galet siliceux emballés dans du lehm (cailloutis du Sundgau). Parmi les espèces observées, notons la présence de Boletus aereus et  Amanita franchetii f. queletii (Bon & Dennis) Neville & Poumarat, deux espèces à la fois thermophiles et acidiphiles. Les grosses chaleurs de cet été précoce ne sont pas étrangères à la venue de ces deux espèces.

                 Le 15 août, le soleil est de retour après une journée plutôt fraîche (12°C pour un 14 août, c’est un peu frisquet, n’est-ce pas ?). Si nous faisions un tour du côté de Chaux-les-Clerval (25) ? Le niveau du Doubs est très élevé suite aux abondantes pluies de ces derniers jours et le domaine de Clermoulin  mérite  un  petit  détour tant cette vallée est belle. Une petite combe fraîche, peuplée  de frênes, nous attire. De grosses dalles calcaires recouvertes de mousses et de langues de cerfs (Phylitis scolopendrium) ont généré un sol caillouteux sur lequel poussent de la mercuriale vivace (Mercurialis perennis) et des arums tachetés (Arum maculatum). Peu de champignons...hormis un petit coprin qui pousse sur une branche de frêne à moitié enterrée et déjà bien décomposée. Qu’il est beau avec son chapeau gris tout parsemé de très fins flocons blancs ! L’étude micro conduira à Coprinellus heterothrix (Kühner) Redhead, Vilgalys & Moncalvo, suite à l’observation de sétules dressées sur le chapeau et de spores mesurant 7,2-9,6 x 4,4-5,6µm à pore très légèrement incliné du côté externe. Signalé comme rare à très rare dans la littérature, ce taxon n’avait pas encore été noté dans notre base cartographique pour le Pays comtois. Voilà qui est fait.

                 Un peu plus loin, sur le sol moussu, trois champignons blancs attirent notre regard. Les chapeaux mesurent 4 à 5 cm de diamètre. Petits tricholomes ? Collybies ? En les prélevant pour étude, de longs rhizomorphes blancs se dévoilent, nous montrant le chemin jusqu’à la substance nourrisière, des débris ligneux de frêne. L’aspect des lames me fait penser à de petites Megacollybia platyphylla mais le blanc satiné des chapeaux ne correspond pas à l’image que j’ai de l’espèce. L’étude micro confirmera qu’il s’agit bien de Megacollybia platyphylla. Dans les différentes descriptions, on peut noter que la couleur du chapeau peut varier de brun à gris en allant parfois jusqu’au blanc sale. Mais aucune trace de chapeau d’un blanc pur...Peut-être qu’un jour une forme blanche de l’espèce sera reconnue ? Pourquoi pas Megacollybia platyphylla f. alba puisqu’il semble que des formes albiniques de chaque espèce puissent exister ?

                 Le 3 septembre, nous nous baladons dans la vallée du Doubs, en  empruntant la route qui part de Saint-Hippolyte (25) et permet de rejoindre Sainte Ursanne en Suisse. A Soulce-Cernay, nous grimpons vers des corniches pour découvrir un joli panorama. Au détour d’un sentier, un spécimen énorme de Polyporus durus nous saute aux yeux sans nous faire de mal. Le chapeau mesure plus de 20 cm de large, ce qui me semble suffisamment singulier pour justifier quelques photographies. L’échelle est donnée par les feuilles de frêne et le tout jeune basidiome qui figurent sur le cliché présenté dans cet article. Le robuste exemplaire croît sur un tronc de frêne gisant sur un talus humide, dans une station fraîche.

                 Le 10 septembre, Christian Dubourgeois découvre une station d’amanites tue-mouches très élancées à chapeaux d’un ocre chaud tirant sur l’orangé, recouverts de flocons grisâtres. La station est située à Vermondans (25) dans le massif du Lomont, à 580 m d’altitude, dans un bois d’épicéas mêlés de hêtres et de charmes, sur sol calcaire. Il s’agit d’Amanita muscaria f. europaea Neville et Poumarat, connue principalement de France et d’Italie. C’est véritablement une grande rareté. Un très grand bravo à Christian pour cette récolte qui semble être à notre connaissance la première pour le département du Doubs.

                 Le 22 septembre, en prospectant pour l’exposition de la SHNPM, je tombe nez à nez avec Tylopilus felleus, le bolet amer, en musardant du côté d’Etobon. La station est située en lisière d’une hêtraie, sous de jeunes arbres, en terrain argilo-gréseux, acide. Cette espèce, caractérisée par une chair très amère, des pores rosissants et un réseau très en relief sur le stipe, est rare d’habitude dans notre région. Mais en 2006, elle a été observée de nombreuses fois au cours de l’automne, toujours sur sol acide...Merci les grosses chaleurs du début de saison !

                 Le 23 septembre, pendant la détermination des espèces pour l’exposition de Seloncourt, Michel Poulain, myxomycètologue de grande renommée et membre de notre société, nous présente une espèce que je n’avais encore jamais vue auparavant : Fuligo leviderma H. Neubert, Nowotny & K. Baumann. Cette rareté n’était pas encore répertoriée en ce beau Pays comtois, ce n’est plus le cas.

Le 24 septembre, Bernard Dolle me confie pour étude de petits sarcodons qui ressemblent à une espèce qu’il connaît bien : Sarcodon imbricatum, le fameux « écailleux » du Haut-Doubs. Les spécimens qu’il a récoltés le 11 septembre sur les corniches qui surplombent le camping du Domaine de Chalain, sur la commune de Doucier (39), ont des caractères différents, et leur écologie a été notée scrupuleusement, ce qui va être très utile pour la suite des opérations. D’entrée de jeu, j’annonce à Bernard qu’il a certainement trouvé quelque chose d’intéressant, mais je ne peux pas lui dire ce que c’est, je l’ignore moi-même... Voilà une enquête passionnante à mener. Quels sont les premiers indices :

ü      Chapeau diamètre 7-8(8,5) cm, brun clair nuancé de jaune, recouvert de fines écailles brunes à pointes relevées vers le centre et n’atteignant pas la marge,

ü      Habitat sous de jeunes hêtres, dans un bosquet de feuillus, sans aucun conifère à proximité.

Premier constat : je manque cruellement de documentation sur les espèces hydnoïdes, et plus particulièrement sur les espèces du genre Sarcodon. J’ai quand même à ma disposition l’ouvrage de Jülich sur les Aphyllophorales, avec une clé qui oriente la détermination à partir de la nature des hyphes, de la couleur du chapeau et de la chair et de l’habitat. En effet, les sarcodons sont ectomycorhiziques soit de Fagacées (surtout chênes et hêtres), soit de conifères (surtout pins et épicéas), une espèce donnée ne pouvant pas être liée à des Fagacées et à des conifères.

Mise hors de cause d’un suspect : Sarcodon imbricatum étant inféodé aux épicéas et « notre » espèce ayant été récoltée sous feuillus, nous sommes déjà certain qu’il s’agit de deux taxons différents.

Suite de l’enquête : L’étude microscopique m’ayant montré que les hyphes de la chair étaient dépourvus de boucle, je parviens très rapidement à mettre un nom sur les champignons de Bernard : Sarcodon underwoodii Banker. Mais ça me semble presque trop facile, il faut confirmer cette détermination. Internet me vient alors en aide car je peux tout à loisir chercher des informations sur cette espèce dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’alors.

Aboutissement de l’enquête : Ayant pu télécharger une clé des espèces de Théléphorales éditée par Stalpers en 1993 et m’étant procuré une large documentation, j’oriente une nouvelle fois mes soupçons vers Sarcodon underwoodii. J’apprends que cette espèce très rare semble connue uniquement aux Etats-Unis (Massachusetts, Caroline du Nord, Tennessee, Colorado et Iowa) et en Europe (Pays-Bas et Belgique). Une correspondance avec Joost Stalpers, l’auteur néerlandais de la clé, me permet ensuite d’être certain de ma détermination. Finalement, Régis Courtecuisse confirme que ce taxon n’avait jamais encore été récolté en France. Quelle belle récompense ! Tour cela grâce à la présence de Bernard Dolle sur des corniches calcaires bien exposées en cette année magique sur le plan mycologique, et à son sens inné de l’observation. Mille fois merci Bernard pour cette magnifique découverte !

                 Au cours de l’enquête ayant conduit à soupçonner les premiers spécimens de Sarcodon underwoodii d’avoir élu domicile sur le territoire français sans autorisation, des témoins ont été entendus, parmi lesquels notre collègue mycologue Jean-Marc Moingeon. Il ne connaissait pas cet individu mais avait déjà rencontré quelqu’un de sa famille, un certain Sarcodon squamosus (Schaeff.) Quél., avec qui il avait fait connaissance le 20 août 1999 à Girefontaine (70), dans un bois de pins mêlés d’épicéas en terrain acide. La comparaison des caractères génétiques de ces deux individus avec ceux des autres membres de la famille Sarcodon a été très utile pour l’avancement de l’enquête. Finalement, aucune sanction n’a été prise contre les membres de la famille « Sarcodon » : Tous ont  été déclarés les bienvenus sur le territoire national et particulièrement en Franche-Comté où une amicale des sarcodons a été créée.

          

Le 20 octobre, je visite la Réserve Naturelle du Sabot de Frotey-les-Vesoul (70) en compagnie de Hugues Pinston, responsable de la R.N., et de Jacques Ghirardi (SMTB) qui m’accompagne pour découvrir lui aussi ces pelouses sèches et pinèdes à pins noirs d’Autriche. Monsieur Pinston nous guide dans le dédale des bosquets, des pelouses et des pinèdes. Au cours de cette première sortie nous notons la présence de plus de 70 espèces parmi lesquelles figurent quelques espèces peu banales : Clitocybe herbarum, Lepista fasciculata et Agaricus xanthoderma var. lepiotoides. Voici une brève présentation de chacun de ces 3 taxons et de son écologie :

Clitocybe herbarum Romagn., observé parmi les graminées, dans une pelouse sèche naturelle située en partie sommitale de la réserve, non exposée au sud. Caractérisé par un chapeau gris brunâtre de 3 cm de diamètre, gercé concentriquement, des lames arquées-décurrentes, un stipe cartilagineux et une chair pâle à odeur forte d'huile rance comme celle de Macrocystidia cucumis, ce champignon ne laisse pas indifférent. La littérature nous apprend que ce rare clitocybe pousse de préférence dans les pelouses acidiclines ou lessivées, non spécialement thermophiles. Des mesures de pH permettront de préciser le degré d’alcalinité des différentes zones de la réserve.

ð     Espèce non encore répertoriée en Franche-Comté.

Lepista fasciculata Harmaja, récoltée au bord d'un sentier, sous pins noirs, parmi les graminées, près de buis, en touffe de 10 spécimens connés. Cette espèce ressemble à Lepista panaeolus mais pousse en touffe. Elle possède un chapeau de 30-60 mm, brun pâle, à marge nettement enroulée et des lames courtement mais nettement décurrentes. Son stipe mesure 50-80 x 8-15 mm et il est blanchâtre rayé de fibrilles gris pâle. La saveur de la chair est douce, l’odeur faible, agréable.

ð     Espèce non encore répertoriée en Franche-Comté.

Agaricus xanthoderma var. lepiotoides Maire pousse en grandes troupes dans les pelouses situées les plus au nord de la réserve. Cette variété, qui affectionne les lieux dégagés tels que les lisières de forêts et les pelouses, semble avoir trouvé des conditions de vie idéales dans les pelouses de la R.N., sur sol calcaire superficiel, sec et thermophile. Le cliché montre bien la densité des populations de ce taxon qui semble être l’une des espèces les plus caractéristiques de ce type de pelouses sèches.

            Le 21 octobre, encore sous le charme de la découverte des merveilles de la veille, je participe à une sortie commune SHNPM/SMPM à Clairegoutte (70), dans une chênaie-hêtraie acidiphile. Parmi les espèces les plus marquantes de la sortie, je note Cantharellus friesii Quélet car elle est très abondante. Cette jolie petite chanterelle aime les terrains argileux ou elle croît sur sol nu ou parmi les mousses, de préférence sous les hêtres. Dans cette forêt fraîche dominée par le hêtre et implantée sur sol marneux souvent moussu, les conditions  semblent en effet très bonnes pour que les chanterelles de Fries décorent les tapis de mousses de diamants orangés.

            La dernière espèce que je voudrais vous présenter m’a été « offerte » par le Groupe Mycologie et Nature de Saint-Vit (25). Une photo, une sporée, des informations sur l’écologie et un nom : Amanita lepiotoides , voilà les données de base. Découverte en forêt de Chaux le 16 octobre, à Rans (39), dans une hêtraie-chênaie-charmaie, cette espèce intrigue les mycologues saint-vitois qui souhaitent un « petit coup de main » de ma part pour savoir s’il s’agit du type ou de la forme subcylindrospora, très rare mais un peu moins que le type. L’étude de la sporée et l’ouvrage très documenté de Pierre Neville et Serge Poumarat sur le genre Amanita me permettent d’être certain qu’il s’agit bien du type, Amanita lepiotoides Barla f. lepiotoides. C’est un taxon extrêmement rare, d’affinité méridionale, à tendance montagnarde, observé pour la première fois dans les Alpes–Maritimes et retrouvé seulement quelques fois depuis en Italie, au Portugal et en France. Les récoltes françaises ont été réalisées dans les Pyrénées-Orientales en 1992 et dans l’Ain en 1968. Cette belle amanite n’avait qu’un pas à faire pour venir prendre pied dans le sud de la Franche-Comté, ce qu’elle fit cette année. L’espèce est nouvelle pour la partie Nord de la France. Un très grand bravo à nos collègues du Sud Franche-Comté pour cette récolte exceptionnelle. Nul doute que le coup de chaud de juin et juillet sur la forêt de Chaux a permis à cette belle amanite de pouvoir faire son show... Un vrai festival mycologique, cette année 2006 ?

 

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