Entoloma
lepidissimum (Svrcek) Noordeloos
Par Laurent GALLIOT
J’ai récolté à deux reprises ce rare entolome dans la même station : la première fois en juin et la seconde en juillet 2004 à Valentigney « le Vernois » [25], MEN 3522 B, alt. 370 m. A chaque fois les exemplaires venaient de façon grégaire, parfois même cespiteux, sur sol riche en relation avec des débris ligneux de conifères, parmi les ronces. La station a produit au total entre juin et août une trentaine de basidiomes. Il s’agit d’un nouveau taxon pour la Franche-Comté.
Les échantillons ont été photographiés in situ (voir planche couleur p. ). Les mesures sporales on été effectuées pour 20 spores et sur sporée ; elles comprennent les minima et maxima encadrant les moyennes en italique ; les mesures placées entre parenthèses sont les dimensions qui ne sont apparues qu’une fois. Les autres observations microscopiques ont été réalisées sur exsiccata à l’aide de préparation montées au rouge Congo amoniacal, ou bien placée dans l’eau. Herbier LG 2010604.
Chapeau 8-29 mm de diamètre, mince, bleu sombre profond, se décolorant avec l’âge, surtout à la marge, convexe puis plan convexe avec souvent une bosse centrale mais aussi déprécié ou plan avec une légère dépression au centre, marge souvent flabellée, irrégulière, striée par l’humidité. Revêtement parcouru d’un lacis de fibrilles radiales, furfuracé au disque sur certains exemplaires. Lames larges de 2 ou 3 mm, étroites, bleutées dans l’extrême jeunesse puis blanchâtres et enfin grisâtre rosé, sinueuses, moyennement serrées, ventrues, adnées à sublibres, arête entière à irrégulière. Stipe 35-50 x 2-4 mm, concolore au chapeau, souvent comprimé avec un sillon central ou cylindrique à progressivement élargi de haut en bas, flexueux ou droit, fistuleux, à base feutrée blanchâtre. On distingue chez certains basidiomes une nuance lilacine au sommet du stipe sous les lames. Chair blanchâtre à plus ou moins bleuté dans le chapeau, gris bleuté dans le stipe. Odeur faiblement herbacée, saveur douce, légèrement amarescente après une longue mastication. Sporée ocre rougeâtre en masse.

Spores 9,6-10,4-11,2 x 5,6-6,4-6,8 µm pour la première récolte et 8-10,4-11,2 (12) x (6) 6,4-7,2-7,6 (8) µm pour la seconde, hétérodiamètriques, anguleuses, à (5)6-8 sommets. Basides 34-48 x 9-13 µm, tétrasporiques, bouclées. Cheilocysctides +/- cylindriques à légèrement clavées, 13-52 x 4-10 µm, mêlées aux basides, assez rares. Pleurocystides non observées. Revêtement composé d’hyphes cylindriques larges de 6 à 18 µm arrangées de façon parallèle à +/- enchevêtrées, à terminaisons nettement enflées et émergentes évoluant vers un cutis subtrichodermique, à pigment bleu intracellulaire. Cloisons bouclées.
Cet entolome semble rare en France et en Europe. La récolte de Valentigney constituerait selon nos renseignements (Courtecuisse, 2005, com. pers.) la cinquième récolte française. Sa présence est actuellement sigalée dans l’Isère, le Puy de Dôme, le Haut-Rhin et la Haute-savoie.
Entoloma lepidissimum appartient à la section Leptonia (Fr. : Fr.) Noordeloos qui regroupe les espèces à port tricholomoïde ou mycenoïde, à stipe fibrilleux, squamuleux ou flocculeux, dont l’hyménium présente des boucles et le revêtement est constitué d’hyphes cylindracées ou +/- enflées à pigment intracellulaire. .
Ce taxon est caractérisé par ses teintes bleu sombre, ses lames bleuâtre dans la jeunesse et le restant longtemps vers la marge et sa venue sur débris ligneux ou sciure. Des confusions sont possibles avec d’autres entolomes bleu, en premier lieu E. Corvinum (Kühner) Noordel. . Mais celui-ci vient parmi les herbes et les mousses, possède des lames blanchâtres, y compris dans la jeunesse, et ne présente pas de boucles aux cloisons hyphales. E. calybaeum var. Lazulinum (Fr.) Noordel. produit également des basidiomes semblables, toutefois le revêtement tout comme l’hyménium ne montre pas de boucles et son habitat (pairies) est différent. Entoloma euchroum (Pers. : Fr.) Donk, une autre espèce bleue se différencie de notre entolome par ses teintes violacées, son odeur aromatique et surtout ses lames d’un bleu violet foncé. En réalité la discrimination la plus délicate avec E. lepidissimum concerne E. coelestinum (Fr.) Hesl. qui partage parfois le même habitat. On peut séparer ce dernier d’E. lepidissimum par ses spores plus petites (< 9 µm), ses lames blanches dans la jeunesse et ses basidiomes de plus petite taille, ne dépassant guère 10 mm de large.

Bas, Kuyper, Noordeloos & Vellinga, 1988 – Flora. Agar. Neerland., 1 : 154, fig. 158.
Breitenbach & Kränzlin, 1995 – Champignons de Suisse 4, p. 80, pl. 47.
Courtecuisse & Duhem, 1994 – Guide des champignons de France et d’Europe, p. 296, icon. 938
Moser, 1967 – Rhodophyllus lepidissimus (Svrcek) Moser in H. Gams, Kl. Kyptogamenfl. IIB/2, éd. 3, p. 163.
Noordeloos, 1992 – Entoloma, Fungi Europaei 5, p. 445-446, fig. f, p. 684 .
Svrcek & Noordeloos, 1982 – Entoloma lepidissimum , Persoonia 11 (4), p. 460.
Svrcek, 1964 – Leptonia lepidissima, Cesk. Mykol. 18, p. 205-206.