Georges Becker

 

Georges Becker est né à Belfort le 08 février 1905 d'une famille de commerçants. Sixième de sept enfants. II fit ses études à Lyon, à la faculté des lettres et au conservatoire. En 1927, il commence la carrière de professeur à Mirecourt. En 1932, il épouse Madeleine Boin, une petite cousine de Lougres dont il aura 4 enfants. En 1934, il est nommé au collège CUVIER à Montbéliard jusqu’en 1949. Dès les débuts de la guerre, il devient un militant de la résistance, abrite et aide de nombreux patriotes et autres héros inconnus, malgré les risques. En 1951, il soutient à Besançon une thèse sur l'écologie des champignons supérieurs. La guerre finie, il enseigne à Altkirch jusqu 'en 58 ou d'anciens amis le poussent à une carrière politique.

Il est élu député de 58 à 67. Ce fut - il l'écrivit par la suite - les 10 années qu 'il regretta le plus de sa vie.

Georges était un chercheur, un passionné de mycologie, un scientifique, un musicien, brillant pianiste, un poète. Sa passion profonde pour les champignons l'accaparait pleinement, il publiera 13 ouvrages : dont entre autre : Champignons de Franche-Comté ; La mycologie et ses corollaires (riche en imagination, observations, idées et hypothèses les plus audacieuses) ; Champignons ; Regards; Les minimes (dernier paru) est un recueil de pensées, de philosophie naturelle spontanée, imagée et souvent au combien réelles. Ces réflexions, passant par la tête en un éclair sont notées sans aucun ordre, ce qui fait son originalité : " - Manger est un phénomène éminemment social, on n 'a pas faim quand on est tout seul. Les dictateurs n 'ont pas d'amis, ils ne sont entourés que d'esclaves ou de parasites. La justice n 'existe pas, mais elle est nécessaire. Coupez une orange en deux et examinez son architecture, si vous n 'êtes pas sidéré, c 'est que vous êtes aveugle. Un ministre en exercice reçoit mille lettres par jour, le voilà destitué, il n 'en reçoit plu s une seule. Ce n 'est pas à lui qu 'on écrivait, mais à sa fonction."

Président de la Société Mycologique de France, il fut le premier à observer la poussée d'un champignon ressemblant à une " boule de neige ", au printemps, dans les sapinières. Intrigué, il transmit sa trouvaille au muséum où on la baptisa Psalliota Veneris, Veneris car elle vient au mois d'avril qui est le mois de Vénus. Il nomma également un Hygrophore qui vient sous les hêtres et qui ressemble à H. Pudorinus (qui pousse dans les sapinières de montagne) : Hygrophorus poetarum (H. des poètes). Nous n 'oublierons pas l'amanite qui porte son nom (BECKERI).

Il aima la nature profondément et fonda la Société d'Histoire Naturelle du Pays de Montbéliard.

Pas toujours d'accord avec les mycologues modernes qui baptisent et rebaptisent sans cesse, créant ainsi de nouveaux noms de genre, difficile à retenir, il avait un profond respect pour les anciens, d'Aristote à Cicéron, pour ceux qui ont jeté les bases de la Mycologie : FRIES, QUELET, etc., et pour tous ces inconnus qui ont peuplé cette terre. Acheter des haricots au marché, quoi de plus banal aujourd'hui, mais celui qui le premier a osé goûté ce légume, le cultiver pour le bien de l'humanité, est sans doute mort dans l'anonymat le plus total. Peut-être à son époque a-t-il été tué, torturé ou brûlé pour avoir osé quelque chose de nouveau !

Pourtant cet homme, scientifique sans le savoir, a fait avancer considérablement le destin de millions d'individus.

Regards sur la vie, sur les êtres, observations, passion, détails de la nature, hypothèses de réponse sur l'inconnu, il se posa la question toute simple : Pourquoi les champignons poussent-ils en automne ?

Son savoir ne butait sur aucune limite, l'art de cultiver son jardin de fleurs, son potager, les langues anciennes, la poésie, la peinture, la musique, il fut un magicien de la mycologie explicative.

Le dernier chapitre : La volonté d'être de son livre "Regards" en dit long sur sa façon d'interpréter, d'imaginer, de trouver une solution à la question primordiale et énigmatique qu 'est la vie. La force de la vie, la volonté d'être nous est pour ainsi dire imposée "intérieurement". Aucune loi de physique ne peut expliquer comment la sève d'un Séquoia peut monter à 120 mètres de haut. Il faut supposer dans l'arbre une énergie inconnue qui arrive aux dernières brindilles. Comment concevoir que les coprins qui sont si fragiles, arrivent à soulever 10 cm de macadam ?

Pourquoi quand nous nous blessons d'une façon ou d'une autre, nous voyons s'opérer une cicatrisation ? C'est notre organisme qui manifeste le désir profond de guérir, de persister, c'est lui qui veut et pas nous, nous n 'y sommes pour rien. C'est la volonté d'être, explique G. Becker, elle est valable pour les hommes, les animaux, les plantes, les arbres, les champignons.

Il termina un de ses livres comme ceci :

- La science qui n 'est qu 'une suite d'erreurs rectifiées, se résume à savoir ce qu 'on sait même si demain il faudra le savoir autrement.

Georges Becker s'est éteint le 10 septembre 1994 à MONTBELIARD. Il avait 89 ans.

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