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Société Mycologique du Pays de Montbéliard |
Amanita beckeri Huijsman
Par Laurent GALLIOT
I / Introduction
Depuis le temps que je recherchais cette espèce, laquelle me fuyait depuis plus de 10 ans, j’éprouvais comme une frustration. Des centaines d’heures à prospecter les bois de LOUGRES, là où pourtant elle se montre, et, des nèfles ! Certains se fixent comme objectif mycologique la récolte d’une oronge ou encore de morilles ; pour ma part, il s’agissait d’Amanita beckeri. Quoi de plus normal pour quelqu’un qui aura cotoyé Mr. BECKER pendant plusieurs années ! Quand je suis tombé nez à nez avec cette amanite, ce fut pour moi un moyen de saluer la mémoire de l’éminent mycologue lougrois, d’autant qu’elle exibait son magnifique basidiome là même où, celui qui l’a portée sur les fronts baptismaux, la récoltait jadis.
II / Récolte
Un seul exemplaire récolté à Lougres au lieu-dit "les carrières" (alt. 370 m) sous Fagus et Carpinus betulus, le 18 octobre 1998. Le terrain est calcaire de type bathonien. Le sous-sol est marno-calcaire grumeleux (repère J2).
III / Macroscopie
· Chapeau 80 mm de diamètre légèrement déprécié, brun fauve noisette, plus sombre au disque avec des débris du voile formant de grossières verrues légèrement brunissantes, plus nombreuses au disque que sur le reste du chapeau. Marge striée, fimbriée par endroits. Chair peu épaisse.
· Lames libres, blanches, larges jusqu’à 15 mm, assez concaves. Arête finement fimbriée et ponctuée de brun, surtout vers la marge. Présence de lamelles.
· Stipe 120 x 20 mm (15 mm de large au sommet) cylindrique, élancé, s’atténuant progressivement vers le haut, entouré d’une ceinture à 15 mm de la base, guirlandé de brun sur fond plus clair, finement strié sous les lames. Volve non prélevée.
· Chair quasi inodore (herbacée ?), blanche puis brunissante, peu épaisse. Saveur douce.
· Chimie nulle, tout juste légèrement gris-verdâtre au FeSO4.
IV / Microscopie (Exsiccatum personnel n° 24222591098 - Milieux d’observation : rouge Congo, Melzer, H2O).
· Spores 8,8-11,2 (12) x 8,4-10,8 (11,2)µm, subglobuleuses à largement elliptiques, inamyloïdes, blanches, lisses, avec souvent une grosse guttule.
· Basides 47-74,4 x 12-18,4 µm clavées, tétrasporiques, non bouclées.
· Cystides : Quelques unes observées en forme de basidiole mais non mesurées (difficiles à différencier des basidioles).
· Voile général (mesures sur verrues du chapeau) composé d’hyphes de 1,6 à 4,8 µm de large et de nombreuses sphérocystes atteignant jusqu’à 60 µm de diamètre.
· Présence de cellules subvésiculeuses sur l’arête des lames entre les basides.
V / Commentaires et discussion
La place de cette espèce a été très largement contestée sur le plan taxonomique. D’aucuns pensent qu’il s’agirait d’une forme d’Amanita ceciliae. Toutefois, sur le plan macroscopique, elle ne ressemble en rien à A. ceciliae !
A. beckeri qui fait partie de la stirpe lividopallescens, ne possède pas de verrues grisonnantes, puis noirâtres à l’instar d’Amanita ceciliae. La présence d’écailles appliquées brunâtres ou noirâtres sur le pied d’A.ceciliae permet également d’éviter toute confusion. Des différences existent également sur le plan microscopique.
Pour ma part, il n’y a nulle place à quelque équivoque qu’il soit : A. beckeri est une espèce qui mérite une désignation spécifique.
Elle est davantage proche d’A. lividopallescens, tant sur le plan microscopique (spores) que sur le plan macroscopique (forme et couleurs), sans pour autant que ces ressemblances puissent faire penser qu’il s’agirait d’une seule et même espèce.
VI / Bibliographie
H. S. C. Huijsman – 1959 – Deux amanites méconnues. Bull. SMF 75 : (1) 24-32
H. S. C. Huijsman – 1961 – Amanita beckeri Nov. Sp. Bull. SMF 77 : (4) 349-350
H. S. C. Huijsman – 1962 – Amanita beckeri Nov. Sp (diagnose latine). Bull. SMF 78 : (2) 217
A. Fraiture - 1993 - Les Amanitopsis d'Europe. Opera Botanica Belgica 5 : 84 - 85
E.G. Merlo & M. Traverso - 1983 - I nostri funghi : Le Amanite : 1 - 151