Porpoloma elytroides (Fr.)Singer : une rare espèce bien présente dans le Nord de la Franche-Comté

Par Jean-Pierre CHEVROLET * et Laurent GALLIOT **

*152 hameau Le Berger - Froideval 90400 Danjoutin. SMTB

belfort.stemycologie@libertysurf.fr

** 13, rue de Natêtre 25700 Valentigney – SMPM & SHNPM

sevlauqu@club-internet.fr

Key words - Agaricomycetidae, Tricholomaceaea, Porpoloma .

Résumé - les auteurs décrivent des récoltes de Porpoloma elytroides dans le nord de la Franche-Comté. Ils les comparent avec des taxons proches de la section Pseudotricholoma (Sing.) Bon : Porpoloma metapodium et Porpoloma elytroides var. umbrosum.

Summary – the authors describe of records of Porpoloma elytroides in northern Franche-Comté. They compare them with taxa close to the section Pseudotricholoma (Sing.) Bon : Porpoloma metapodium and Porpoloma elytroides var. umbrosum.

Synonymie

Porpoloma elytroides (Fr.) Singer 1973 Sydowia Beihefte 7 :19

            = Agaricus elytroides Fr.

            = Gyrophila elytroides (Fr.) Quélet

            = Tricholoma elytroides (Fr.) P. Karsten

            = Pseudotricholoma elytroides (Fr.) Singer

Introduction

Ce rare taxon est récolté depuis plusieurs années dans la zone du Malsaucy (Territoire de Belfort) [MEN 3521 B] . La station produit quelques exemplaires tous les ans, de la fin de l’été au début de l’automne,  hormis en 2001 où plusieurs centaines de basidiomes ont pu être observés et en 2002 où un seul exemplaire fut présent. Ce secteur correspond à une prairie de fauche irrégulière installée et conservée au milieu d’une aulnaie-bétulaie. La permanence du milieu est assurée par la fauche annuelle de la prairie. Son évolution naturelle conduirait, comme cela est visible en bordure, à la constitution d’une bétulaie puis d’une forêt mélangée à chênes.  La roche mère est constituée de grés et argolithes du permien. Le sol présente un profil de sol brun acide.

Ce porpoloma est également signalé dans les [MEN 3520 D] et [MEN 3520 C], sur des sols similaires : communes de Giromagny, Plancher-Bas et Lachapelle-Sous-Chaux. Un verger de Haute -Saône situé sur la commune de Froideconche [MEN 3420 B] produit également plusieurs exemplaires régulièrement.

Description

Caractères macroscopiques

Chapeau 80-120 (150) mm, charnu, convexe à plan-convexe, mais légèrement déprécié à maturité surtout par le sec, à marge enroulée régulière ou parfois flexueuse, voire lacérée. Revêtement d’abord velouté puis granuleux-subsquamuleux, surtout au disque où les granulations sont plus denses, davantage soyeux vers l’extérieur, gris beige brunâtre à brunâtre au disque, uniforme ou plus pâle vers la marge.

Lames larges jusqu’à 12 mm, moyennement serrées, épaisses, +/- échancrées, grises à beige sale, parfois tâchées de jaune, à reflets +/- rosés à maturité, rosissant également au toucher, entremêlées de lamelles et lamellules.

Stipe 60-120 (150) x 10-20 (30) mm, atténué vers le bas, parfois un peu difforme ou renflé au milieu, plus pâle que le chapeau, jaune ocracé vers la base, +/- ponctué de gris brunâtre par des méchules plus sombres.

Chair assez épaisse, blanchâtre à +/- grisâtre, rosissant dans les morsures et au toucher après une dizaine de minutes et à la coupe, brun ocre roux dans la moelle du stipe, à odeur et saveur nettement farineuses, cette dernière étant parfois amarescente.

Caractères microscopiques

Spores 7-10 (12) x 3-4 (4,5) µm, lisses, variables d’elliptiques à subfusiformes ou subphaséoliformes avec parfois une dépression supra-hilaire plus ou moins nette, légèrement amincies vers la région apicule et présentant souvent une courbure dorsale évidente, pluriguttulées, paraissant rugueuses en photonique, surtout dans l’iode, fortement amyloïdes. Q = 2,2 – 2,7 (3). Q moyen : 2,4.

Basides 27-44 x 5-7,5 µm, tétrasporiques, le plus souvent à longs stérigmates (3-6,5 µm).

Cystides non observées.

Suprapellis composé d’hyphes couchées parallèles à plus ou moins enchevêtrées en formes de boudins articulés, ramifiées, septées, parfois presque vésiculeuses à pigmentation membranaire brune, larges de 6-13 µm, à extrémités libres cylindracées à obtuses nettement émergentes, fasciculées par endroit, larges de 5 à 9 µm, boucles présentes. Hypoderme subcelluleux, à boucles nombreuses.

Discussion

Les espèces du genre Porpoloma Singer sont rares dans l’ensemble, et leurs descriptions sont assez peu nombreuses et souvent incomplètes dans la littérature. Ainsi, nous ne trouvons que quelques rares descriptions complètes de Porpoloma elytroides, la plupart des auteurs s’étant contentés de reprendre des éléments de description qui à Fries, qui à Le Gal et Romagnesi. Aussi, la description que nous proposons dans cet article est une des seule illustrée d’un cliché. La relative rareté des représentations et descriptions de ce taxon et des taxons proches disponibles dans la littérature rend difficile la fixation de formes ou variétés, voire une différenciation avec Porpoloma metapodium (Fr.) Singer.  P. elytroides a été diversement décrit et semble méconnu. Nous reconnaissons difficilement nos récoltes dans la photo de B. CETTO in Funghi dal Vero 3 : 269. La teinte des exemplaires du site du malsaucy et des secteurs voisins ainsi que de Froideconche apparaît nettement plus claire que celle des exemplaires décrits par Romagnesi & Le Gal (in BSMF 65 : 132), surtout au niveau des granulations du chapeau et du stipe. Les granulations des Porpoloma francs-comtois sont  plutôt brunâtres. De plus le stipe peut ne pas présenter de méchules, au moins dans la jeunesse. Nous avons bien cherché à rattacher nos récoltes à la variété umbrosum en raison de l’absence de ponctuations sur le stipe, mais

de toute évidence si les méchules peuvent manquer dans la jeunesse, elles ne font jamais défaut chez les basidiomes âgés. Au surplus l’aspect crevassé du revêtement (apanage de la variété umbrosum avec l’odeur de concombre selon Smith & Walters – Mycologia 35 : 447-449) ne nous semble pas constituer un caractère discriminant, tant on connaît la tendance du revêtement de nombreuses espèces à se rompre par le sec, tout comme l’odeur signalée, fort proche de celle de farine d’ elytroides.

Des variations de teinte ont été perçues, et notamment la présence quelques fois de nuances jaunâtres au niveau du revêtement cuticulaire. Toutefois nous n’avons jamais observé de revêtement comparable dans ses teintes à la couleur (brun jaune noirâtre) de celui des vieilles Russula nigricans indiqué par Romagnesi et Le Gal. Au total notre espèce semble bien se situer à un niveau intermédiaire entre le type tel que décrit par Romagnesi et Le Gal et sa variété umbrosum. Ces variations conjuguées aux différences observées entre notre porpoloma et les descriptions de la littérature nous ont cependant exhorté à voir dans celui-ci un proche voisin : Porpoloma metapodium (Fr.) Singer, d’autant que l’habitat de ce dernier (prairies siliceuses) est plus conforme (rappelons que quasiment tous les auteurs signalent un habitat sous pins pour P. elytroides). Mais tout d’abord en l’absence de noircissement de la chair et des lames il nous apparaît difficile de suivre cette hypothèse. Ensuite, les spores de P.metapodium sont constamment inférieures à 8,5 µm, tandis que des spores, de 9-10 µm et exceptionnellement de plus de 10 µm de longueur ont été mesurées sur nos exemplaires.

Aussi, et dans la mesure où chez nos récoltes les méchules du stipe ne font jamais défaut, au moins dans la vieillesse, la prudence veut que nous rattachions celles-ci au type dans l’attente à la fois d’un meilleur départage des 2 espèces précitées mais également d’une différenciation au rang infra spécifique des variations de Porpoloma elytroides ou au contraire du rattachement de celles-ci au type, ce qui  aurait pour effet de ne conserver que le type et d’éliminer sa variété umbrosum.

Bibliographie

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CORBIERE L., (1929) - Champignons de la Manche : 48

Légende des dessins au trait

A : Spores

B : Suprapellis

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