Cystoderma
simulatum, une espèce peu connue
Laurent Galliot * et Daniel Sugny **
Résumé
Les auteurs décrivent Cystoderma simulatum P. D. Orton à partir de récoltes effectuées à Valentigney (Doubs, France), et le comparent avec deux autres taxons proches.
The authors describe Cystoderma simulatum, collected in Valentigney (Doubs, France). They compare this species with two other closely related taxa.
Mots-clés : Agaricomycetideae, Tricholomatales, Dermolomataceae, Cystoderma simulatum.
Deux récoltes personnelles de ce rare taxon à quelques jours d’intervalle nous ont permis de préciser sa répartition en France ainsi que sa position au sein du genre Cystoderma.
Les descriptions et les photographies ont été faites d’après deux récoltes effectuées à quelques jours d’intervalle par l’un d’entre nous (L G). Les observations microscopiques ont été réalisées sur le frais pour les spores et les restes de voile dans l’eau, le réactif de Melzer et dans une lessive de potasse à 5 %. Les autres éléments ont été observés à partir d’exsiccata sur des préparations colorées au rouge Congo ammoniacal. Les nombres entre parenthèses correspondent aux mesures minimales et maximales observées lorsque celles-ci représentent moins de 5 % de l’ensemble des éléments mesurés. Les mesures sporales établies pour 50 spores comprennent les minima et maxima mesurés encadrant les moyennes en italique. Les traits d’échelle des planches correspondent à 10 µm.

Cystoderma simulatum P. D. Orton
Trans. Brit. Mycol. Soc., 43 (2), p. 222 (1960)
Chapeau 12–30 mm, longtemps convexe, largement mamelonné puis aplani avec le mamelon restant plus ou moins marqué, brun fauve clair à beige ochracé, nuancé de brun rougeâtre surtout au centre qui est plus foncé, progressivement pâli vers la marge jusqu’à jaune fauve ou jaune miel, parfois entièrement jaune ochracé, notamment par le sec et dans la vieillesse ; revêtement paraissant glabre à l’œil nu, mais nettement granuleux sous la loupe, remarquablement ridé-veiné radialement sur la plupart des exemplaires, gras au toucher, à marge régulière ou quelque peu dentée, appendiculée de nombreux restes de voile blanchâtres, épars . Stipe 15–40 × 2–5 mm, égal ou renflé à la base, droit ou flexueux, brun fauve clair à ochracé pâle devenant orange carné par l’humidité, tendant à pâlir par le sec, finement strié, orné d’une ou plusieurs zones annulaires constituées de granules floconneuses
blanchâtres, dont la principale est médiane ou située assez bas sur le stipe ; sommet lisse ou strié, poudré de blanc et parfois plus pâle, plein puis fistuleux uniquement dans l’extrême vieillesse. Lames moyennement serrées à assez serrées (L = 28–37 ; l = 2–7), larges de 1,5 à 2,5 mm, minces, étroitement adnées, arrondies en arrière, blanchâtres puis crème et enfin jaune pâle pour devenir beige au stade imbu, à arête irrégulière concolore ou jaunâtre avec l’âge. Chair mince (1 à 2 mm au-dessus des lames), blanchâtre dans le stipe, fauve ochracé dans le cortex, jaune ochracé dans le chapeau, montrant souvent une ligne carnée au-dessus des lames ; odeur non caractéristique, simplement fongique; saveur douce mais parfois amarescente après une longue mastication. Sporée blanchâtre à jaunâtre très pâle en masse (sur les vieux exemplaires).
Spores (3,2) 3,4–4,5–5 (5,6) × 2,4–3,2–3,6 (4) µm, courtement elliptiques, lisses, hyalines, à périspore fortement amyloïde ; Q = 1,3–1,4. Basides 16–25 × 4–5 µm, tétrasporiques. Cystides 22-42 x 4-7 µm tant faciales que marginales, de forme variable, fusiformes à étroitement lagéniformes, ou claviformes et un peu onduleuses subcapitées (jusqu’à 8 µm), parfois bifides ou même à trois somets, à paroi épaisse jusqu’à 1 µm et jaunissante dans l’amoniaque. Sphérocystes du revêtement du chapeau (dans les restes de voile) hyalins à brun clair, mesurant 14–46 (56) × 11–30 µm, cylindracés, vésiculeux à subsphériques, à paroi légèrement épaissie, entremêlés d’éléments cylindracés larges de 3 à 7 µm ; nombreux arthrospores plus ou moins cylindriques de 3,2–6,4 × 2,4–4 µm ; les cellules du voile du stipe sont comparables à celles du voile du chapeau, mais davantage articulées en chaînette. Boucles présentes partout.
Habitat et récolte : bois du Vernois, Valentigney (MEN [1] 3522 B), département du Doubs, altitude 360 m, parmi des débris ligneux de feuillus détrempés et pourrissants, en bordure d’un chemin, les 24 et 28 mars 2004 : une centaine d’exemplaires grégaires ou fasciculés, directement greffés sur les débris ligneux ou en relation avec ceux-ci lorsqu’ils sont enfouis (herbiers L .G 2.04.01.03 et D.S 4450/04.03.28).

Cette espèce, décrite par Orton (1960) a été signalée pour la première fois en France en 2000 lors de la session de la Société mycologique de France à Ambleteuse (dét. M. Bon). Quelques semaines plus tard, en novembre de la même année, une autre récolte était réalisée par J.-N. Le Foll (dét. Y. Bellanger) à Saint-Lyphard (Loire-Atlantique). La récolte de Valentigney constitue, à notre connaissance, la troisième récolte française et la première pour l’est de l’Hexagone.
Ce taxon fait partie de la section Cystoderma A. H Smith et Singer qui regroupe les espèces à spores amyloïdes. Bon (1999) le place au sein de cette section parmi les espèces dont les cellules du revêtement piléique se colorent en rosé ou roussâtre au contact d’une lessive de potasse. D’après nos observations la réaction macroscopique est très nettement brun roussâtre sur le chapeau et cela même sur exsiccata.
Ce cystoderme est bien caractérisé par sa teinte brun rougeâtre au disque, son stipe montrant une ou plusieurs zones annulaires blanchâtres floconneuses à presque squamuleuses blanchâtres, la présence d’arthrospores dans la chair piléique et ses spores amyloïdes. Le caractère que l’on retrouve à l’occasion de chaque récolte signalée de ce cystoderme est la venue sur débris ligneux pourrissants. Il s’agit là d’une particularité remarquable participant à la détermination.
Si cette espèce est manifestement rare, ou méconnue, en Europe, il n’est pas impossible qu’elle ait été confondue avec Cystoderma amianthinum. D’ailleurs Heinemann & Thoen (1973) n’ont reconnu la valeur spécifique de Cystoderma simulatum, dans leur remarquable article sur le genre Cystoderma qu’après un examen du matériel type, alors que, dans un premier temps, il n’avait pas été reconnu comme espèce à part (Thoen, 1967). Il nous semble qu’il peut surtout être confondu avec Cystoderma amianthinum f. rugosoreticulatum (F. Lorinser) A. H. Smith et Singer et Cystoderma freirei Justo et Castro.
Elle se distingue du premier cité par son chapeau nettement moins granuleux, sa zone annulaire blanchâtre et presque squamuleuse opposable à l’armille floconneuse concolore de C. amianthinum f. rugosoreticulatum ainsi que par ses spores plus courtement ellipsoïdales dont le coefficient longueur
sur largeur est inférieur à 1,5 alors qu’il peut atteindre 1,9 chez C. amianthinum f. rugosoreticulatum). L’habitat sur bois pourrissant , éventuellement la période d’apparition (il n’est pas fait mention dans la littérature de récoltes vernales de Cystoderma amianthinum f. rugosoreticulatum) ainsi que l’absence d’odeur de terre moisie permettent, à notre avis de séparer notre taxon des formes ridées de C. amianthinum.
Le second cité, Cystoderma freirei, récemment décrit (Justo & Castro, 2003), croît sur débris ligneux tout comme C. simulatum mais en diffère par ses spores non amyloïdes et plus longuement elliptiques dont le rapport longueur sur largeur est supérieur à 1,5.
Cystoderma simulatum est très peu représenté dans la maigre littérature concernant le genre Cystoderma (voir, en plus des références déjà citées, Smith & Singer, 1944, Orton 1984, Kasparek, 1991, Maillard, 2001). Signalons tout de même la très bonne planche de Ludwig (2000, pl. 30). En
revanche la photographie publiée par Breitenbach & Kränzlin (1995) - relative à une récolte effectuée sur souche dégradée de conifères - nous semble représenter un taxon fort différent de celui que nous décrivons dans cet article.
Remerciements
Ils s’adressent à Gérard Tassi, pour le complément d’études microcopiques. Ils vont aussi à Jacques Trimbach, Pierre-Arthur Moreau, Dominique Schott et Till Lhomeyer pour l’aide bibliographique qu’ils nous ont apportée, à Maxime Chiaffi et Jean-Paul Priou pour les renseignements concernant la récolte atlantique, et à Guillaume Eyssartier pour la relecture de cet article.
Bon, M. 1999. — Collybio-marasmïoïdes et ressemblants. Doc. mycol., mém. hors-série no 5, 161 p. et 4 pl.
Breitenbach, J., & F. Kranzlin. 1995. — Champignons de Suisse, vol. 4. éd. Mykologia, Lucerne. 371 p.
Courtecuisse, R. 1991. — Le programme d’inventaire mycologique national et de cartographie des Mycota français. 1re note : présentation générale. Bull. Soc. mycol. Fr., 107 (4), p. 161–183.
Heinemann, P., & D. Thoen. 1973. — Observations sur le genre Cystoderma. Bull. Soc. mycol. Fr., 89 (1), p. 5–34.
Justo, A. & M.L. Castro. 2003 –Cryptogamie Mycologie 24 (4) : 309-316.
Kasparek, F. 1991 – Pilzorträt Nr.17 : Cystoderma simulatum Orton. Mitteil. Arb. Pilzk. Niedd., 9 (2), p. 83-88.
Ludwig E. 2000 —Pilzkompendium, Band 1 Beschreibungen : 92 .
Maillard, C. 2001 – Bull. Assoc. mycol. O. Fr., 13, p. 42.
Orton P.D. 1960 — Trans. Brit. Mycol. Soc. 43 : 222.
Orton, P. D., 1984 – Cystoderma, Notes R. Bot. Edimb., 41 (3), p. 574-575.
Smith, A.H., & R. Singer 1944 (publ. 1945). – A monograph on the Genus Cystoderma. Pap. Mich. Acad. Sc., 30, p. 71-224.
Thoen, D. 1967 —Les Cystodermes (Tricholomataceae) – Les Nat. Belges, 48 : 285-297.
* 13, rue de Natêtre, 25700 Valentigney (France).
** 14, rue Jacques Prévert, 70400 Héricourt (France).